Cette histoire dont il n'est pas le héros - 2 -

25/06/2026

Première rencontre

Entre nous, tout avait bien commencé. 

On s'est rencontrés bêtement. Je devrais dire sans tapage. On se croisait de temps en temps. Lui, fonctionnaire, je l'ignorais dans un premier temps, moi, prof de théâtre et accessoirement, journaliste pour une revue qui se voulait culturelle. Au demeurant, rien ne nous liait. Sauf… sauf… Les expos où des corps féminins nus étaient mis en valeur : des esquisses, des gravures, des photos. On arpentait souvent les mêmes lieux, les mêmes couloirs. À force de fréquenter les mêmes endroits, on se reconnaissait. On se souriait quand cela arrivait. Et puis, on a commencé à se chercher du regard. Lui, en général, était accompagné d'une femme qui semblait plus âgée que lui. De quelques années seulement. Un visage avenant, des cheveux gris – lui les avait toujours blonds. Moi, j'étais seule, invariablement seule. J'aimais me plonger dans mes pensées, et pour ce genre de chose, c'est mieux d'être seul.

Ce qui changea, un jour, c'est que nous nous sommes retrouvés dans un petit musée. Et là, il n'était pas accompagné. Enfin, pas au début. Au moment où je sonnais à la porte de l'endroit, il avait déjà la main sur la poignée de la porte.

— Mais quelle surprise. Je vois qu'on a vraiment les mêmes goûts. Seule ?

— Oui… Vous aussi, on dirait.

— J'attends quelqu'un qui…

—… semble bien en retard. Je vous avais repéré quand je suis arrivée, il y a cinq grosses minutes. Vous patientiez devant la maison d'en face.

Finalement, on a fait la visite du MEM à deux. MEM pour musée de l'érotisme et de la mythologie. Celle qu'il attendait n'est jamais arrivée. Au début, il paraissait déçu. Au fil de l'après-midi, il était plus déridé. On s'amusait à décrire avec le moins de mots possible ce qui était exposé dans les vitrines. Mais j'y reviendrai plus tard. Moi, j'étais là pour un petit reportage sur le musée. Le bon moment que j'avais passé m'avait presque fait oublier la raison de ma présence… Il fallait que je rende un papier deux jours plus tard. J'avais intérêt à me souvenir de choses pittoresques, piquantes, pouvant intéresser un lectorat érudit, amateur de sensations… Heureusement, le musée avait un site internet sur lequel je pourrais glaner des détails croustillants. Je parlerais de ce que j'avais ressenti : ça intéresse toujours, ça, parce que si on s'y prend bien, ça allume les émotions des lecteurs…

Trois jours plus tard, l'article était paru en version papier et sur le blog de la revue. Je découvris un commentaire assez élogieux sur le site.

« C'est un plaisir de réarpenter les petits couloirs et les méandres du MEM à la lecture de votre compte-rendu ! »

Ce devait être lui, Josh. Ce ne pouvait être que lui. Impossible de le contacter. Je ne connaissais ni son numéro de portable ni son adresse-mail. Il me faudrait attendre… Mais j'ai réfléchi. Comme cela m'avait tout l'air d'un beau parleur, même si c'était l'inverse qu'il m'avait montré en jouant avec les mots au MEM, il avait peut-être mis un petit mot sur Insta ou sur Facebook. Je ne savais même pas si le musée communiquait via les réseaux…

Et j'ai trouvé !

Sur la page Facebook, quelques mots de mon complice s'étalaient : « Visite très intéressante. Musée à découvrir avec un/une partenaire… ». Que sous-entendaient les points de suspension ? C'est ce que j'allais m'employer à découvrir. Josh devait vraiment avoir apprécié notre moment non convenu !

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