Cette histoire dont il n'est pas le héros - 1-

Prologue
Je marche sur la digue. Personne : il est bien trop tôt pour faire de jolies rencontres…
J'aime me mettre en route tôt. À l'aube. Quand le soleil commence de se montrer. On est en juillet. Il arrive qu'il tombe encore quelques gouttes mais dans l'ensemble, il fait sec. Ce qui est le plus impressionnant, c'est la lumière quand le jour se lève : j'ai l'impression de pouvoir réellement commencer de respirer. La plage a l'air de se réchauffer d'un coup. Les vagues qui buttent contre les brise-lames. Les quelques bateaux arrêtés durant la nuit qui se remettent en route. C'est un spectacle fabuleux…
Eux, je les ai laissés. Pas abandonnés, non. Juste… laissés. Je n'attendais pas qu'ils m'envoient des suppliques pour que je reste. Et pourtant… L'un m'adore. L'autre me vénère. Quant au troisième, le troisième… Pourtant, je m'obstine à n'en aimer aucun des trois. C'est trop risqué : on s'enflamme, on s'investit et puis, on s'écroule. Il est difficile d'être repoussé alors qu'on a connu l'extase. Et depuis des années, je suis tour à tour aimée, choyée telle une princesse et ensuite répudiée comme une malpropre. Que je ne suis pas, je le confirme.
J'ai trop donné. Beaucoup trop. Et je ne veux plus être attrapée. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit : à chaque fois, mon égo en prend un coup. Mon esprit surchauffe parce que je ne comprends pas qu'après autant de moments magnifiques, je n'aie plus d'intérêt. Alors je tente de garder mon calme, je réfléchis, et mes conclusions sont loin d'être positives. Je reconnais la lâcheté des hommes, leur manque d'honnêteté, de sincérité, de franchise. Je suis amère mais… j'étais prévenue : à quoi devais-je m'attendre d'autre de la gent masculine ?
Alors, je suis sur cette digue. À nouveau, je rassemble mes idées. Quelle est la chose qui a tout déclenché ? Pour quelle raison me laisse-t-on ? Je me remémore ces moments avec eux. Ceux avec d'autres. Je me creuse la cervelle mais avant, je vais narrer ces jolies histoires, celles dont ni les uns ni les autres ne sont plus les héros.
